Camp de Rawa-Ruska (Ukraine) : 80ème commémoration de l’arrivée du premier convoi des prisonniers de guerre au Stalag 325

Peu connu, Rawa Ruska est un camp d’internement qui accueillit les prisonniers de guerre pendant la seconde guerre mondiale. Il accueillait notamment les soldats « récalcitrants » animés par un esprit de résistance. Cette année, se commémore l’arrivée du premier convoi de prisonniers dans ce camp situé en Ukraine.Le voyage mémoriel qui était organisé a été annulé en raison de la situation de guerre entre la Russie et l’Ukraine. Mais une série de commémorations sont organisées en France par l’association » Ceux de Rawa Ruska et leurs descendants » dans de nombreuses villes et village français grâce à une vingtaine d’associations locales réunies dans une Fédération qui perpétue la mémoire de ces événements.

A Sérignac, village du Lot et Garonne, une stèle a été posée devant la mairie en l’honneur des prisonniers disparus.

Les prisonniers de guerre du Stalag 325

Au terme de « la Bataille de France » le 22 juin 1940, un armistice est signé entre la France et l’Allemagne nazie.

Sur les 1 800 000 militaires français capturés en mai/juin 1940, 1 200 000 sont encore internés dans les Stalags (Camps d’internement des prisonniers de guerre) en début de 1942 et leur vie est rythmée par les Kommandos de travail. Certains, qui refusent de se soumettre, adoptent un comportement de « récalcitrants » et cherchent à altérer la productivité par des actes de sabotage et des refus de travail. D’autres s’évadent et tentent de rejoindre la France ou bien des territoires amis.

C’est cet esprit de résistance qui conduisit les nazis à isoler ces récalcitrants insoumis. Le Sta- lag 325 à Rawa-Ruska en Ukraine est choisi. Camp nazi le plus à l’Est de tous les camps, il est aussi en territoire conquis sur les Russes, donc hors du périmètre de la Convention de Genève. Rawa-Ruska se trouve aussi dans le « Triangle de la Mort », non loin des camps bien connus de Belzec, Sobibor, Auschwitz etc…

Environ 20 000 prisonniers de guerre seront transférés au Stalag 325, plaçant leur histoire au croisement de la Résistance et de la Déportation.

Le Stalag 325, ce sont des conditions de vie très dures avec une alimentation très rationnée, un état sanitaire et une hygiène inexistants, des appels avec fouilles jour et nuit, des travaux forcés dans les Kommandos.

Les prisonniers du Stalag 325 seront les premiers témoins de la Shoah par balles perpé-trée dans cette région qui fut au centre de la zone d’extermination massive des Juifs (« Judenkreis »).

Malgré des conditions inhumaines de détention, ils ne perdront jamais leur identité d’homme et de soldat et continueront à lutter et à résister. Ils poursuivront les tentatives d’évasion malgré des contraintes très périlleuses, ils organiseront des défilés pour le 14 juillet et refuseront jusqu’au bout et par tous les moyens de se plier au système nazi.

L’avancée des troupes Russes accélèrera leur transfert vers des Kommandos disciplinaires et ils seront libérés au printemps 1945 à la fin de la guerre.

Véritables « Résistants » par leurs comportements en territoire ennemi, à leur retour en 1945, ils furent regardés comme les perdants de la guerre car la France avait alors besoin de héros. Les prisonniers de guerre furent ignorés au profit des résistants et ils n’obtinrent le statut « d’interné résistant » qu’en 1956 au prix de longues batailles qui découragèrent certains d’en faire la demande.

Les Associations

« Ceux de Rawa-Ruska et leurs Descendants » 

Aujourd’hui, 21 associations régionales regroupant environ 1 100 membres et réparties sur tout le territoire national assurent la transmission et le travail de mémoire.

Parmi ces 1 100 membres nous comptons encore trois Anciens encore en vie, Fernand GIMENEZ, Victor MARTIN et Alexandre MONTELLIMARD, des veuves et surtout des des-cendants de première, deuxième et troisième génération.

Ces 21 associations sont regroupées en une Fédération Nationale sous l’appellation

« Union Nationale de Ceux de Rawa-Ruska et leurs descendants », fédération qui a été créée dès 1945.

Fédération nationale

CEUX DE RAWA-RUSKA ET LEURS DESCENDANTS – UNION NATIONALE

10 Rue Leroux – 75116 – Paris

Courriel : rawa.union.nationale@gmail.com Tel : 01 42 46 75 64

https://rawa-ruska-union-nationale.fr/

Témoignage de Jean Marc FREBOUR Ancien du Stalag 325 : éditorial de la revue Envols à l’occasion du 60ème anniversaire en 2002

Rappelez-vous, il y a 60 ans… cette fin d’hiver 1942 !… où, après un voyage de 7 jours et 7 nuits, effectué dans les pires conditions, entassés dans de vieux wagons à bestiaux (80 à 100 par wagon) – dépouillés de tout – revêtus de vieux uniformes qui n’en avaient plus que le nom, et pieds nus dans des sabots – obligés de se soulager sur place, dans une puanteur difficilement supportable, ayant pour seul « spectacle » à travers les étroites ou- vertures des wagons, garnies de fils de fer barbelés, lorsque nous traversions les gares, ou passions à proximité des villages polonais occupés, que les corps souvent entière- ment dénudés des misérables pendus laissés… « pour l’exemple » …accrochés aux branches des arbres.

… Et puis, cette sortie de la gare, placés en rangs serrés, sous les vociférations et les coups de nos geôliers, cet insoutenable et presque incroyable spectacle de femmes po- lonaises, sans doute juives, les unes tirant, les autres poussant par 10 ou 20, de lourds chariots à bœufs, sous les hurlements des S.S. ukrainiens, tandis que d’autres maniaient pelles et pioches, pour le plus grand nombre, pieds nus dans la neige ou, comme nous, chaussés de lourds sabots.

Rappelez-vous encore, notre entrée dans le camp de Rawa-Ruska transformé en véri- table bourbier, et ce défilé macabre d’hommes, de femmes et de toutes jeunes filles juives en haillons, qui nous croisaient, débarrassant le camp des corps décharnés des prisonniers russes qui nous avaient précédés, morts de faim, de fatigue, du typhus ou ex- terminés quelques jours ou quelques semaines plus tôt… et puis cette « découverte » des locaux glacés qui nous étaient destinés, assaillis par des myriades et des myriades de poux, de puces et de punaises, les murs souillés de larges traces de sang séché – et pour se coucher : des bat-flancs en bois, en nombre d’ailleurs insuffisant, sans paillasse, ni couverture, sur lesquels il était impossible, sauf à l’étage supérieur, de se tenir assis – et lorsque quelques minutes plus tard, assoiffés et complètement déshydratés, nous nous mîmes à la recherche de postes d’eau, nous découvrîmes que seul un robinet laissant couler par intermittence un maigre filet d’eau jaunâtre, provenant d’un ruisseau voisin, avait été prévu pour l’approvisionnement du camp.

Jamais nous n’oublierons cette longue queue à l’extérieur, par un froid glacial et dans la boue neigeuse de ce 13 avril 1942, de nos 2 000 camarades qui devaient attendre souvent plus de deux heures, pour obtenir quelques centilitres d’eau, dans une vieille boîte de conserve, ou plus généralement dans l’un de nos sabots !…

Nous arrêterons là cette lugubre description que jusqu’ici la plupart d’entre nous hésite encore à raconter à ses enfants ou petits-enfants, tellement tout cela peut paraître pure imagination ou souvenirs cauchemardesques de nuits particulièrement tourmentées… Et encore, faudrait-il ajouter à cette tragique énumération, tant et tant d’autres drames, de misères et de souffrances de toutes sortes auxquels nous avons assisté et que nous avons vécus, dans cette terrible zone d’extermination des Juifs (Yudenkreis). Ainsi 60 ans nous séparent déjà de cette effroyable année 1942, au cours de laquelle, les pires abomi- nations furent commises (abominations qui continuèrent, est-il utile de le souligner jus- qu’en 1944).

Ce qu’il faut savoir sur le Stalag 325

 Le stalag 325 ce sont 3 « camps-mères » : Rawa-Ruska, Lemberg, Stryj. Du 13 avril 1942 au 19 janvier 1943, le Stalag 325 jouxtait la ville de Rawa-Ruska dont la population était à majorité juive. Il fut ensuite transféré à la citadelle de Lemberg (Lviv) du 20 janvier 1943 au 19 septembre 1943 puis de nouveau transféré à Stryj, ancien sous-camp. En janvier/février 1944, le Stalag 325 sera dissous et les effectifs restants transférés au Stalag 1 A de Königsberg. De nombreux sous-camps (« environ » une cinquantaine) dont : Berezowica, Cholm, Minsk, Tarnopol, Trembowla, Zamosc, Zloczow…

Des kommandos

Il n’a pas été possible d’en établir le nombre exact sachant que certains se trouvaient très loin à l’Est. Les effectifs des Kommandos variaient de 10 voire moins à 500 détenus. Le travail y était plus dur : terrassement sur voies de chemin de fer, sur champs d’aviation, arrachage de pavés en ville (« la terrasse ») travaux forestiers, extraction de pierre, de tourbe (Kom- mandos dépendant de Tarnopol) et même travaux de démolition de pierres tombales des cimetières juifs (Kommandos dépendants de Trembowla). Les détenus français, bien souvent, travaillaient avec les déportés Juifs dont les camps jouxtaient ceux des Français.

Les Stalags numérotés en « 300 » (environ 70) étaient, à l’origine, destinés aux prisonniers soviétiques et situés hors des frontières allemandes. Le premier camp de Rawa-Ruska fut ouvert en juillet 1941 pour y interner environ 20.000 prisonniers de guerre soviétiques, considérés par le Reich comme des « sous-hommes ». Ces 20 000 prisonniers russes ont pratiquement tous trouvé la mort au Stalag 325.

Les chiffres

Difficile de dire exactement combien de prisonniers français furent internés au Stalag 325 d’autant que les Meldungen (listes allemandes d’enregistrement) sont incomplètes. On entend souvent « environ 24 000 » parfois plus, parfois moins ; y compris dans les témoignages des Anciens. On parle aussi de ces hommes comme étant des « récidivistes » de l’évasion mais en réalité, nombre d’entre eux furent envoyés au stalag 325 dès la première tentative. Combien de morts ? Moins de 80 authentifiés… mais là encore, compte tenu du nombre de sous-camps et de Kommandos, il est difficile de se prononcer avec certitude et leur nombre est sans doute plus élevé.

Quelle fut la durée de la peine ? Là encore, impossible de se positionner : certains d’entre eux restèrent 3 mois, d’autres 6, d’autres encore 9 voire plus comme André AUBERT, au- teur du « Petit soldat sans fusil » qui interné à Rawa, fut envoyé à Lemberg puis de là, à Stryj. Un gros travail de recherche historique s’impose encore pour enfin, en s’appuyant sur les données historiques des archives, pouvoir sortir ces inconnus de l’ombre.

Annexes

 Quelques références bibliographiques :

– AMBRIERE Françis – Les grandes vacances – SEGEP – Paris, 1951.

  • AUBERT André – Le petit soldat sans fusil – La table rase, 2e 1980.

– MERTENS Lucien – PIONDESSAULT Jean – RAWA-RUSKA – le camp de représailles des prisonniers de guerre évadés, éd. du Cep, 1945.

  • GASCAR Pierre – Le temps des morts, le rêve russe, texte définitif – Gallimard, Paris,
  • PIZIER André – Sans armes ni bagage – Julliard,
  • BILALIAN Daniel (petit-fils d’ancien) – Le Camp de la goutte d’eau – Rawa-Ruska 1942- 1944, Presses de la Cité,