Evaluer un talent par l’observation, cela s’apprend

La forme du « regarder-observer » nous permet d’identifier des talents présente Yves Richez. Ce qui implique de savoir opérer.

« Lorsque nous formons des professionnels à l’évaluation des talents, nous précisons qu’un « évaluateur » dans l’incapacité de regarder-observer une personne sera un évaluateur incompétent », c’est-à-dire dans l’incapacité de rester objectif et factuel. Identifier et évaluer un talent passe par l’observation.

Couverture du livre "Détection et développement des talents en entreprise" de Yves RichezC’est l’une des recommandations formulées par Yves Richez, docteur en sémiologie dans le livre « Détection et développement des talents en entreprise » qu’il présente aux éditions ISTE.

Mais tout d’abord qu’est-ce que le talent ? C’est un résultat observable propose l’auteur issu de conditions initiales. Ce résultat observable est la conséquence de multiples facteurs, dont des modes opératoires naturels.

Yves Richez souligne avec précaution l’amalgame entre le talent considéré comme une propriété de la personnalité et de l’être et le talent comme le résultat observable et évaluable. Cet amalgame peut conduire à l’aveuglement de l’observateur en projetant un idéal de la personne sur elle.

L’analyse des écarts

Pour « actualiser les talents », il convient d’établir ce que l’on observe, d’où l’on observe, ce que l’on souhaite évaluer afin d’apprécier (ji), au sens chinois précise l’auteur, les écarts, qui sont alors un indicateur précieux de ce qu’il convient d’actualiser.

Yves Richez, après 13 années d’étude de la pensée chinoise relative à la question du potentiel et de l’actualisation, explicite comment celle-ci éduque les « formes du regardé » et à reféconder nos modèles dit-il. Cette façon de pratiquer permet de prendre de la distance au sens propre comme au sens figuré.

Ce n’est pas un hasard si la langue chinoise possède un grand nombre de terme pour décrire la façon de regarder : de biais (lāi), en tournant la tête (), d’un lieu élevé (kàn), avec attention, en fixant son regard sur (guān), de manière fixe (concentré, dīng shì). Yves Richez conceptualise ces formes en les nommant « les formes du regardé » {XE “regardé : formes du”}.

Explorant avec rigueur de nombreux personnages, il évoque Nelson Mandela. Ce dernier mobilisait l’observation dans son parcours, et ce, dès son plus jeune âge :

« Comme tous les enfants xhosas, j’ai acquis des connaissances surtout par l’observation. Nous étions censés apprendre par l’imitation et l’émulation, pas en posant des questions. Les premières fois où je suis allé chez les Blancs, j’ai été stupéfait par le nombre et la nature des questions que les enfants posaient à leurs parents – et par l’empressement des parents à leur répondre. Chez moi, les questions étaient considérées comme quelque chose d’ennuyeux ; les adultes donnaient simplement l’information qu’ils pensaient nécessaire. » (Richez 2017, p. 59)

« Détection et développement des talents en entreprise » a pour vocation d’élaborer un outil de pensée et une méthode d’observation et d’évaluation. Il propose aux professionnels d’appréhender comment s’actualise une performance et de quitter ainsi le lieu commun visant à penser la performance comme un objectif à atteindre.

Parmi ses références théoriques, il prend appui sur les travaux du sinologue François Jullien qu’il cite « l’outil est tout ce qui sert à construire dans la pensée ». Yves Richez, s’écarte autant de la pensée simplifiante que des concepts abstraits. Ainsi, l’outil est, écrit-il,

« un gouvernail permettant d’orienter et de construire l’activité et les compétences du professionnel en situation, comme intermédiaire entre le regardé et l’évalué. Penser se gouverne. » (Richez 2017, p. 60).

Son ouvrage est élaboré en tant qu’outil. Sa vocation contribue à structurer la pensée, c’est-à-dire à favoriser l’acquisition, l’élaboration et l’organisation de compétences et de connaissances utiles ; puis l’ évaluation et l’actualisation des dits Modes Opératoires Naturels. Dire qu’une personne « a » du talent {XE “talent”} n’est donc pas significatif. Il est plus juste de dire qu’une personne déploie des modes opératoires naturels et intentionnels (compétences) dont le résultat observable et évaluable puisse se nommer « talent ».

Le potentiel, ainsi, n’est pas de la même catégorie que le talent. L’ouvrage précise avec vigilance les appartenances catégorielles relatives au « talent » et au « potentiel » afin de pouvoir les évaluer et les traiter avec justesse et cohérence.

Yves Richez, docteur en sémiologie et conférencier

Ce travail conduit Yves Richez à réécrire la possible définition du leader :

« Afin d’opérer en stratège (et non être), le leader :

1/ identifie les signaux faibles perceptibles à l’état de latence/d’amorce;

2/ corrèle ces derniers afin d’en apprécier la finesse d’analyse (au sens de conjecturer, et d’observation des écarts), la logique tendancielle (favorable) pour les clients et l’environnement (en conséquence pour l’entreprise);

3/ favorise la communication verbale, non verbale, écrite, en cohérence avec les enjeux (risque/opportunité) de ses équipes par l’usage (compétent) d’une sémantique adaptée;

4/ rend disponible à l’esprit des personnes le résultat escompté, de sorte que chacun puisse apprécier (évaluer) la manière dont il peut y prendre part;

5/ opère avec empathie par sa faculté à identifier les expressions faciales et les attitudes, mais aussi les différentes réalités de ses collaborateurs, quelle qu’en soit la culture, ainsi, il mobilise en compétence, les comportements et les décisions justes et adaptées (favorables et positives ; sans écart avec l’escompté), etc. »

Cette courte synthèse vous invite à investiguer l’ouvrage dense et complet. Treize années de recherche, d’études et d’expérience dans le monde entier permettent à Yves Richez de proposer une méthode étayée de compétences solides. Ses travaux sont utilisés par de nombreux professionnels et trouvent faveur auprès de grandes entreprises.


« Détection et développement des talents en entreprise » paraît le 15 juin aux éditions ISTE.

Yves Richez propose une conférence sur les habiletés humaines de la planète dans le cadre de la collection « Les nouveaux courants » de l’Agence Conseil Marianne Europe.